Un record en cache toujours d’autres

Contre certaines attentes, les Masters de Londres ont couronné aujourd’hui Grigor Dimitrov, vainqueur en trois sets (7 / 5, 4 / 6, 6 / 3) de David Goffin. En l’absence de plusieurs grands noms – Djokovic, Murray, Wawrinka –, suite au forfait de Nadal et à l’échec de Federer en demi-finale, c’est donc le Bulgare qui s’est imposé au sommet de l’ATP, remportant le trophée le plus prestigieux de sa carrière et bouclant l’année encore mieux qu’il ne l’avait lancée, s’adjugeant ce faisant la troisième place mondiale. Solide globalement, concentré sur son sujet, Grigor a logiquement battu son adversaire du jour, auteur toutefois d’un grand Masters qui l’a vu dominer Nadal puis Federer pour atteindre la finale. De la sorte un record n’est-il pas tombé : celui du nombre de victoires enregistrées aux Masters, bloqué à six pour Federer, à une longueur devant Sampras et Djokovic, qui en comptent cinq.

De ce fait, le Suisse ne talonnera pas d’aussi près qu’il l’aurait souhaité la première place mondiale, que s’était assuré de conserver pour l’intersaison Rafael Nadal à Bercy. Concrètement, pas moins de 1040 points ATP les sépareront demain, soit quand même plus qu’une bagatelle à l’échelle de l’année tennistique. Ainsi n’auront guère cours les discussions qui sinon seraient advenues autour de l’identité de celui qui eût le plus mérité de disposer du trône mondial, ainsi la suprématie annuelle du Majorquin ne fait-elle aucun doute tant il a survolé une fois de plus le printemps sur terre battue et su être très fort sur dur – en fait, le meilleur, n’était Federer. Et s’il est vrai que ce dernier a remporté un grand tournoi de plus que l’Espagnol (cinq contre quatre, dont deux Grands Chelems chacun, trois Masters 1000 pour l’un contre deux pour l’autre, mais donc pas les Masters pour l’Helvète), il n’a en revanche été présent cette année qu’une fois en finale quand Rafa l’a été quatre fois, dont une en Grand Chelem – c’était en Australie – et deux en Masters 1000, à Shanghai et Miami.

Quoi qu’il en soit, ainsi s’achève une saison qui a connu au moins deux nouveaux records, dont l’un inattendu. Précisément, Roger a porté à dix-neuf le plus grand nombre de Grands Chelems gagnés par un joueur en simple et Rafa à cinquante-trois le plus grand nombre de titres gagnés sur terre battue. Et rien n’indique du reste que ces deux champions vont s’arrêter là, rompus qu’ils sont à repousser les limites. Mais rien n’indique non plus qu’ils vont poursuivre sans heurt leur route victorieuse ni même qu’ils seront en fin de compte les deux plus grands joueurs de tennis de tous les temps compte tenu de leur âge (et tout d’abord de celui de Federer, âgé maintenant de trente-six ans) mais encore du danger – de la raquette de Damoclès, si l’on veut – que représente pour eux à ces égards le retour de Novak Djokovic.

Privé de compétition depuis plus de quatre mois – et cela en fera six lorsqu’il reviendra sur le circuit en janvier – le Serbe doit ronger son frein et fourbir ses armes, ciseler sa réapparition. Ce n’est pas dans le vide d’ailleurs qu’André Agassi, qui continuera de le suivre en 2018, a déclaré dernièrement que Novak avait en lui de quoi revenir au plus haut et même plus : de quoi devenir meilleur que jamais et peut-être aller jusqu’à montrer à trente-six, trente-sept ans ce qu’on n’a encore jamais vu de la part d’un joueur à cet âge. Même en les relativisant, en y faisant la part du discours médiatique, de tels propos sont confondants car ils laissent entendre clairement que l’ex-numéro un mondial pourrait bien dans la longueur rejoindre Roger Federer et pourquoi pas le dépasser – autrement dit battre ses records.

Or si pour l’heure on n’y est pas, si pour l’heure l’Helvète est encore bien devant, étant donné son œil, ses nerfs et sa volonté hors pair, beaucoup porte à croire que Novak pourra pour le moins gagner d’autres titres majeurs et qui sait même réaliser les prévisions de son nouveau mentor, dont on sait l’acuité d’analyse. En tous cas, on connaît l’histoire, qu’on a pu voir se vérifier : Federer a fait de lui-même un « monstre » et forcé par là même Nadal à en devenir un puis Novak Djokovic s’il voulait émerger parmi les deux premiers. Mais ce ne sont là que ses origines, et pour en avoir déjà vu beaucoup de pages, on en ignore encore la fin.

GS, le 19 / 11 / 2017

 

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L’année des grosses demi-surprises

Occupé ailleurs, je n’ai fait que suivre lointainement les trois derniers mois tennistiques. Il faut dire aussi que les nombreuses blessures qui les ont grevés ont quelque peu émoussé leur attrait sportif. Djokovic, Wawrinka, Nishikori, rien de moins, ont en effet jeté l’éponge pour cette saison, et Andy Murray n’en finit pas de repousser la date à laquelle il reviendra sur le circuit.

Néanmoins, pour aller à l’essentiel, les victoires respectives de Roger Federer à Wimbledon et de Rafael Nadal à l’US Open ont dans le même temps doté ces mois d’un lustre sans égal, celui des légendes du tennis. Et que la concurrence n’ait guère pu suivre, touchée ou réduite, n’y fait rien : ces deux joueurs ont survolé les débats, surtout dans les phases finales.

J’en viens à ce qui m’a donné envie d’écrire cet article, et qui tient de l’évidence : au caractère imprévisible des faits tennistiques. Très clairement, jamais je n’aurais parié l’année dernière que celle-ci – l’année 2017, donc – serait dominée à ce point par Roger Federer et Rafael Nadal, en fait même résumable à eux pour ce qui est de ses sommets. Pourtant, c’est arrivé. Partant de là, si tout n’est sûrement pas possible au tennis, sur l’ATP Tour, beaucoup l’est – plus en tous cas que nous ne pouvons le supposer. Or cette vérité, le fait que pendant des années – disons depuis l’avènement de Federer, qui a lancé une nouvelle ère – le circuit ait été d’une grande lisibilité a pu nous la faire oublier. C’est pourquoi les renaissances glorieuses de Roger et Rafa, leur hégémonie retrouvée, ne peuvent qu’inciter à éviter les pronostics à long terme, ou plutôt, car il serait dommage de renoncer à l’une des choses les plus plaisantes en sport, et qui consiste au fond à jauger une réalité à venir à partir de données plus ou moins fiables, à en distancier la valeur, au mieux extrapolée.

Certes, on pourrait objecter que ces nouveaux succès du Suisses et du Majorquin n’ont rien de vraiment étonnant, décrochés de fait par deux « monstres » du tennis, peut-être les deux plus grands. Et on pourrait aussi dire que, quand on est un champion, qu’on a trouvé tant de fois la voie de la victoire finale, on le reste, et partant que tout est toujours ouvert. Pourquoi pas. Car en un sens, les nouveaux trophées de Federer et de Nadal n’ont fait que confirmer si l’on veut ce que les années passées ont révélé, savoir que l’empire du tennis se partage sauf exceptions entre quatre joueurs, toujours les mêmes, et qui firent bien sûr le Big Four, mais encore que décidément l’Helvète et l’Espagnol sont bien un cran au-dessus des autres grands joueurs – des rares autres géants du tennis.

Oui, de toute évidence, on pourrait dire cela, donc bémoliser la surprise, voire la diviser par deux. Mais à condition de reconnaître que les deux derniers Grands Chelems gagnés par les numéros un et deux actuels, sans préjudice des Masters 1000 qu’ils ont faits leurs par ailleurs, sont au moins en partie le fruit d’une conjonction d’évènements rare et que nul n’a pu voir venir (en tête desquels les retraits évoqués plus haut en regard de retours en grâce qui n’avaient rien d’acquis), et qu’au-delà de trente ans rares ont été jusqu’alors les joueurs – je devrais dire les champions – qui ont su culminer sur un an, remporter deux tournois majeurs en une saison.

Aussi bien, deux grandes questions restent pendantes, dont l’une sera bientôt tranchée : qui de Rafael Nadal ou de Roger Federer sera numéro un mondial en fin d’année, et qui des deux sera le joueur le plus titré de tous les temps en Grands Chelems leur retraite venue – à moins que Novak Djokovic ne nous offre un come-back cosmique, un retour aux sources stratosphériques, ce qu’on ne peut exclure ?

GS, le 24 / 9 / 2017

 

Nadal décuple Roland-Garros

Compte tenu de leur forme respective durant le tournoi, la confrontation entre Stanislas Wawrinka et Rafael Nadal en finale de Roland-Garros était très attendue. Or, sur le plan du jeu, de la dramaturgie du match, on peut légitimement être déçu, à moins qu’on ne se rende compte de ce qui s’est passé, qui est rien de moins que fabuleux. En astronomie, on parlerait d’éclipse, dans la mesure où, phénomène troublant, un champion en a littéralement caché un autre, qui n’a jamais été en mesure de briller de ses feux habituels eu égard à la force de son adversaire. En trois sets, de fait, 6 / 2, 6 / 3, 6 / 1, et deux heures cinq de jeu, Rafael Nadal a éteint Stanislas Wawrinka, sans solution face au contrôle de l’Espagnol.

Sous un ciel bleu, sur un court Philippe-Chatrier plein à craquer, tout commença par un jeu blanc de Nadal, qui engageait. Trois jeux plus tard, à 2 / 1 pour lui, le Majorquin menaçait déjà l’Helvète qui servait, mais qui s’en sortit finalement grâce à deux gros services kickés. Le premier break ne tarderait toutefois pas à venir, à 3/ 2 pour Rafa, qui le doubla du reste pour clore le set 6 / 2. Sur l’ensemble de cette manche, l’Espagnol sut serrer le jeu dès qu’il fallait, quand le Suisse commettait pour lui trop d’erreurs et ne semblait pas encore pleinement lancé dans le match.

Au seuil du second set, quelques signaux parurent s’allumer dans le jeu de Stan aux frappes plus claires, mieux traversées, aux balancements du corps en retour de service plus rythmés. Mais dans les faits cela ne changea rien, Rafa devenant trop fort du fond de court, si ce n’est intraitable, impeccable au filet. Un nouveau break survint d’emblée, que le natif de Manacor maintint jusqu’à la fin du set, qui vit Stan casser sa raquette de dépit, et deux fois se frapper la tête avec son tamis, suite à des fautes provoquées. S’il avait su hausser son jeu légèrement, face à lui le Majorquin l’avait fait beaucoup plus, ne donnant plus aucun point.

Arrivé à ce stade, deux manches à rien, le match, sans surprise, était joué. Effectivement, la troisième manche passa vite, bien trop vite, qui ne fit que confirmer l’ascendant total de Nadal, infaillible. Ayant breaké de nouveau d’emblée, l’Espagnol reprit l’engagement de l’Helvète à 3 / 1 en sa faveur pour aller jusqu’au bout, soit jusqu’à une victoire en forme d’apothéose à l’issue de laquelle, comme en 2005 et tant d’autres années, l’Espagnol tomba foudroyé sur le dos et la terre battue, les bras en croix.

Au total, la finale de Roland-Garros cette année sembla donc inexorable, comme le fut avant elle la demi-finale qui opposa Rafael Nadal à Dominic Thiem. A son instar, c’est sans éclat flagrant que l’Espagnol domina son sujet, donnant  l’impression d’une aisance trompeuse, que la finale fut décevante, à côté de laquelle Stan serait vaguement passé, déjouant trop souvent. Mais la vérité est toute autre, et tient au niveau de jeu phénoménal atteint par Rafa, et il n’y a rien à ajouter. On a eu de la sorte un match suspendu, lors duquel on guetta en vain une réaction de Stan qu’on n’a jamais vraiment vue compte tenu de la maîtrise de Nadal qui a si l’on veut verrouillé le jeu et scellé l’issue de la rencontre.

Ainsi, une fois de plus, la volonté de Rafa a marqué l’histoire du tennis et même l’histoire du sport, presque aussi fort que Roger Federer l’a fait en début d’année, et sans contredit de façon aussi magistrale. Ainsi, ouvrons bien nos yeux et nos cœurs, et ne nous y trompons surtout pas : ce que vient d’accomplir Rafa est prodigieux, qui donne la preuve par dix de son hégémonie sur terre battue – en termes théologiques, on dirait par ses œuvres, et celles-ci touchent maintenant au miracle. Et plutôt que de perdre l’événement dans des chiffres, de l’amoindrir ainsi (même s’il est tentant de dire qu’il multiplie par trois plus un ce qu’ont réussi avant lui Mats Wilander, Ivan Lendl et Gustavo Kuerten, rien que ça), laissons-le vivre en images, dans les larmes de Rafa par exemple et dans celles de son oncle.

GS, le 11 / 6 / 2017

 

 

Qui va gagner Roland-Garros ?

 

Il semble bien plus difficile cette année de dire qui va gagner Roland-Garros que l’année dernière. Cependant, compte tenu du format des matchs à venir, en cinq sets, et de la forme montrée par certains joueurs depuis près de deux mois, quatre noms se détachent malgré tout.

Le premier est bien entendu celui de Nadal, qui indéniablement est redevenu une grande part de lui-même, soit du meilleur joueur sur ocre de tous les temps, comme l’attestent ses trois victoires de rang à Monaco, Barcelone puis Madrid. Le second est celui de Djokovic, qui s’il a manqué ces mêmes tournois dans une certaine mesure, a réussi en revanche un retour au premier plan remarquable à celui de Rome, qui les a suivis. La façon dont il y a disposé en demi-finale de Dominic Thiem a marqué les esprits, et le fait de retrouver les lieux de son triomphe de l’an passé ne peuvent qu’inciter à revoir en lui celui qu’il fut : un numéro un mondial absolu. Le troisième nom qui s’impose derrière ces champions est celui de Thiem justement, auteur d’une grosse saison sur terre battue, qui inclut deux finales et nulle fausse note n’était sa prestation romaine contre le « Joker », plafonnante, décevante. Enfin, le quatrième nom est celui d’Alexander Zverev, que sa victoire à Rome dimanche dernier a soudain propulsé au rang de favori, grandement mérité.

Remarquons en passant – et cela n’a rien d’anecdotique – que trois de ces quatre noms se trouvent dans la partie basse du tableau, de la sorte plus dense. Gageons en outre qu’entre les deux premiers, Rafa et Novak, s’ils se jouent en demi-finale, tout dépendra du niveau de jeu qu’ils seront capables d’atteindre ce jour-là, et bien entendu de leur mental, c’est-à-dire pour ce qui les concerne de leur aptitude à dépasser les blocages qu’ils ont pu avoir l’un contre l’autre au fil du temps – et disant cela je pense à l’emprise globale de Rafa sur terre battue, et nommément à Roland-Garros, comme aux deux lourdes séries de défaites que le Serbe a infligées au Majorquin depuis 2011.

Aux quatre noms susdits, il convient d’ajouter, je pense, et du reste Novak Djokovic l’a fait lui-même naturellement dans une récente interview, ceux du numéro un mondial, Andy Murray, et de Stanislas Wawrinka, vainqueur de l’épreuve en 2015 et détenteur comme le Britannique de trois titres du Grand Chelem à ce jour. En effet, fussent-ils en relative méforme – le Suisse, après une série de contreperformances, vient toutefois d’enlever chez lui le tournoi de Genève –, Stan et Andy possèdent un fond de jeu puissant, une expérience et un mental qui imposent de les prendre en compte.

Pour poursuivre, évoquons les enjeux du tournoi, en les concentrant autour de la première place mondiale en fin de la saison. Quatre joueurs seulement semblent par elle concernés, quatre champions : Roger Federer, Rafael Nadal, Novak Djokovic et Andy Murray, toujours les mêmes, toujours le Big Four. Le premier d’entre eux, après d’être mis en orbite en début d’année, on s’en souvient, s’est ensuite retiré du circuit pour se préserver en vue des cours rapides, et de ce fait va fatalement perdre des points au regard des trois autres, conserve-t-il une belle avance sur deux d’entre eux. Le second, en tête à la Race avant le tournoi, et qui de toutes façons le restera, dispose ici d’une belle occasion de creuser encore l’écart, au point de prendre une option sérieuse sur la première place mondiale, gagnerait-il le tournoi. Pour ce qui est du troisième, encore loin à la Race, il peut cependant revenir voire se relancer totalement s’il gagne le tournoi. Quant au quatrième et dernier, Andy Murray, en plein flou depuis deux mois, sa superbe peut se réveiller à tout moment, et je suis prêt à parier que s’il bat Juan Martin del Potro au troisième tour, il sera dur à stopper avant la finale, désireux qu’il est de ne pas être franchement distancé par ses grands rivaux et de se remettre en selle avant Wimbledon.

Pour finir, à fin apéritive, revenons à la valeur qu’aurait une nouvelle demi-finale entre Rafa et Novak, puis une finale qui mettrait aux prises son vainqueur avec Andy Murray ou Stanislas Wawrinka – façon de dire, si l’on veut, que je ne fais pas partie de ceux qui se lassent de voir s’affronter des géants.

GS, le 28 / 5 / 2017

Le sacre d’Alexander Zverev

En vérité, j’avais prévu une trame pour cet article avant même que la finale du Masters 1000 de Rome soit jouée, persuadé que Novak Djokovic en serait le vainqueur. Or, je me suis trompé, heureusement sans parier. Tout à l’heure, en deux sets, 6 / 4, 6 / 3, et une heure vingt et une de jeu,  c’est le jeune Allemand de vingt ans qui s’est adjugé le titre de la ville éternelle au Foro Italico, impérial au service, infrangible en fond de court, globalement inspiré. Il est vrai que face à lui Novak Djokovic n’était pas à son meilleur niveau, commettant trop de fautes directes (vingt-sept au total), ayant des difficultés pour dicter le jeu, mais quand même : battre le Serbe en finale d’un des neuf Masters 1000 reste un sacré fait d’armes.

Quoi qu’il en soit, par ce titre, son premier en Masters 1000, son quatrième en tout, Alexander Zverev intégrera demain le Top 10 et la quatrième place à la Race, juste derrière Dominic Thiem, ce qui souffle comme un vent de renouveau sur le circuit de l’ATP Tour. Qu’on le veuille ou non, quelque chose se passe cette année, lancé l’année dernière, et qui devrait perdurer sinon prendre de l’ampleur – sauf à ce que l’ex-Big Four proroge encore son règne dans les tournois majeurs.

Ayant dit cela, beaucoup l’a été, mais certainement pas tout. Il reste en effet à pointer le retour en grâce de Novak Djokovic qui, s’il fut bref, n’en fut pas moins frappant au tiers de l’année, à tout juste une semaine de Roland-Garros, dont il est le tenant du titre. En effet, le niveau de jeu produit par le Serbe en quart de finale, et plus encore ensuite en demi-finale contre Dominic Thiem, tombeur la veille de Nadal et à qui il ne laissa qu’un jeu, un seul et unique jeu dans une rencontre à sens unique conclue en moins d’une heure, marqua les esprits, nous fit l’espace de deux matchs retrouver ses prises de balles précoces, au cordeau, ses retours cliniques et ses frappes qui font mal, entraînent ses adversaires dans une spirale de vitesse de jeu du fond de court asphyxiante, impossible à fuir. Ainsi donc, par le biais d’un tournoi mené raquettes battantes, et ce nonobstant sa défaite finale, Novak a ébranlé la voie vers Roland-Garros, indiqué à chacun – à Rafa – qu’il risquait d’y être dur à vaincre, et que peut-être, qui sait, ce Grand-Chelem où il culmina l’an dernier avant de chuter sera celui cette fois qui équivaudra au début de sa remontée au sommet. En tous cas, grâce au Serbe – et de ce point de vue plusieurs fois font coutume -, il se pourrait bien que l’année 2017, déjà grande, s’affûte encore, touche des cimes – et ce n’est pas l’arrivée à ses côtés d’André Agassi, officielle désormais, qui infirmera cette hypothèse.

Outre cela, on peut aussi noter les nouvelles contre-performances d’Andy Murray et de Stanislas Wawrinka, tombés très tôt dans le tournoi – celle de l’Ecossais étant sans doute plus inquiétante que celle du Suisse, plus habitué que lui à perdre prématurément hors des Grands Chelems et n’ayant jamais bénéficié de la marge de sûreté qui permit si souvent au Britannique de se sortir de matchs pourtant mal engagés. On peut encore noter, pour finir, le retour au premier plan cette année de Juan Martin del Potro, vainqueur de Dimitrov puis de Nishikori avant de perdre contre Novak, ce qui assure à l’Argentin d’être tête de série à Roland Garros.

GS, 21 / 5 / 2017

Federer court-circuite Roland-Garros

C’est dit, c’est écrit, Roger Federer ne participera pas cette année à Roland-Garros. C’est évidemment dommage – même très dommage – pour les amoureux du tennis, mais c’est ainsi. Et au vu de ce que le Suisse a fait en début d’année – rien de moins que gagner d’affilée le premier Grand Chelem puis les deux premiers Masters 1000, pour mémoire -, il n’y a pas lieu de douter de son choix sur le plan stratégique, et moins encore sur le plan personnel, qui le regarde. Aussi on n’épiloguera pas.

En prenant un peu de distance, seuls deux points nous semblent à noter. Le premier concerne la suite des opérations pour Roger, et nous fait nous demander à quel point son choix sera payant : celui-ci va-t-il lui permettre d’enlever un autre Grand Chelem, voire in fine de retrouver la première place mondiale pourquoi pas au moment d’annoncer sa retraite,  et de réaliser ainsi ce que personne n’a fait jusqu’ici : tirer sa révérence au sommet, pour dorer encore s’il en était besoin son mythe dans le monde du tennis, et même du sport en général, en sachant qu’il aura par son impasse permis à Rafael Nadal de prendre une avance sur lui à la Race dont l’ampleur reste à définir ? Quant au second point, il touche aux conséquences de l’absence du Suisse dans le tirage au sort de Roland-Garros, mais celles-ci sont mineures, étant donné que Nadal était presque sûr de figurer quoi qu’il en soit dans les quatre premières têtes de série de l’épreuve parisienne – et qu’en deçà la répartition des forces en présence dans le tableau ne sera guère affecté par la défection de Roger, dont on se doutait par ailleurs qu’il ne serait sûrement pas parmi ses premiers favoris.

GS, le 16 / 5 / 2017

Nadal triomphe à Madrid

Jusqu’au début du match entre Novak Djokovic et Rafael Nadal en demi-finale du Masters 1000 de Madrid hier, il était ardu d’en donner un favori. Ce qui par contre était très clair dès avant, c’est que son vainqueur serait bien placé pour remporter le tournoi, compte tenu des défaites précoces des numéros un et trois mondiaux, Andy Murray et Stanislas Wawrinka qui décidément peinent à trouver le bon régime de carburation ce printemps. Mais, posons-le avant d’en parler, l’importance de ce duel entre le Serbe et l’Espagnol allait bien au-delà de l’épreuve madrilène, et ce pour plusieurs raisons.

La première et plus évidente, c’est que ces deux joueurs sont les plus grands rivaux de l’ère Open (ils se sont en effet joués pas moins de cinquante fois et pour lors, en tenant compte du match d’hier, le résultat de ces face-à-face penche légèrement du côté de Novak : vingt-six victoires à vingt-quatre), ce qui est dire le poids qui descend sur le court quand ils s’affrontent, l’ampleur historique. La seconde raison, pragmatique, tient dans le fait que chacun de ces deux ténors souhaite se positionner au mieux pour Roland-Garros, marquer des points sur terre battue, et que Nadal, de ce point de vue, titré à Monte-Carlo puis à Barcelone, avait de l’avance sur « Nole », que ce dernier se devait de réduire en dominant le Majorquin invaincu depuis treize matchs pour se rappeler par la même occasion aux yeux de tous au plus haut, et partant faire monter sa cote d’un coup à deux semaines seulement de Roland-Garros. La troisième raison, également pragmatique, et même arithmétique, touche enfin directement à la première place mondiale, pour laquelle Federer et Nadal sont les mieux partis et de loin, mais dont on ne peut exclure Novak et Andy, si tant est qu’ils se réveillent promptement – or une occasion de le faire était ici offerte au Serbe, qui plus est sur les terres de son plus grand rival.

C’est donc dans ce contexte multiple, auquel il faut ajouter le fait que ces deux champions ne s’étaient plus joués depuis un an, que s’est déroulée la première demi-finale de Madrid hier, dans la Caja Magica, et qu’elle a vu Rafael Nadal l’emporter 6 / 2, 6 / 4, en un peu moins d’une heure quarante. Evidemment, la netteté du score parle d’elle-même et peut surprendre si on se souvient que l’Espagnol avait perdu ses sept derniers matchs face au Serbe, et cela sans être parvenu à lui prendre le moindre set. Elle s’éclaire pourtant aisément.

En premier lieu, Novak Djokovic était loin des coussins d’air qui furent les siens à l’époque où il pratiquait son tennis « cosmique », trop souvent ses fins de courses manquaient d’acuité, ce qui explique en partie le nombre de fautes directes commises par lui au total : vingt-quatre, c’est-à-dire trop à ce niveau. En second lieu, il avait du mal à faire des coups gagnants – dix-huit seulement sur le match – quand il les alignait sans peine par le passé contre Rafa, à ses heures de gloire. Enfin son service lui aussi était moins performant, ses premières balles insuffisamment incisives pour gêner Nadal, bon à la relance.

Passé ce test crucial mentalement, il restait ensuite au natif de Manacor à battre aujourd’hui en finale Dominic Thiem, comme il le fit il y a deux semaines à Barcelone. Or c’est chose faite maintenant, en deux heures dix-huit et deux sets dont le premier fut splendide (7 / 6 [8], 6 / 4), ce qui vaut à Rafa un troisième titre de rang, un trentième Masters 1000 – autant qu’en compte Novak Djokovic, recordman ex aequo sur ce point avec lui. Cela vaut en outre à l’Espagnol de revenir au classement, de préciser ses chances d’être parmi les quatre premiers mondiaux porte d’Auteuil, ce qui n’est pas rien, et pour l’heure de se détacher à la Race, devant Federer.

Cependant, n’oublions pas de noter l’excellence des résultats acquis sur terre battue cette saison par Dominic Thiem, grâce auxquels il pointe désormais à la troisième place mondiale à la Race, derrière Federer. Pour en rendre compte, d’aucuns argueront peut-être du manque de résultats probants obtenus par Murray, Djokovic et Wawrinka, auquel cas il sera difficile de leur donner tort, mais pour autant cela n’obère en rien les succès enchaînés par le jeune Autrichien trouvé-je, ni la force avec laquelle il avance vers Roland-Garros où il fut, rappelons-le, demi-finaliste l’an dernier.

GS, le 14 / 5 / 2017